Chabat Chemini

Chemini

« Tous les groupes sociaux ont des expressions repoussoirs désignant ceux qui leur seraient inférieurs ». Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg (Dynamiques européennes), dans Le Monde du 23 janvier 2016. Dans le même article, cet auteur évoque « l’élimination des « impurs » prôné par les djihadistes ».

Il est questions de bêtes impures (à la consommation) dans le péricope de cette semaine.

Leur caractère licite pour les non-juifs ne serait-il pas de nature à favoriser un malheureux amalgame entre l’homme consommateur et la bête consommée ?

Les lois alimentaires dites de la cacherout sont introduites par un verset qui constitue une sorte de litanie tant il revient fréquemment dans la Torah : « L’Eternel parla à Moïse et à Aaron, pour leur dire » (Lévitique, 11, 1). Rachi, citant le Midrach Torat cohanim, explique que Moïse et Aaron devaient tout d’abord s’adresser aux deux fils d’Aaron, Eléazar et Ithamar, avant de parler aux enfants d’Israël. Le verset suivant commence en effet par les mots, « Parlez aux enfants d’Israël… ». « Pour leur dire » ne peut donc s’adresser à ces mêmes enfants d’Israël.

D’autres exégètes soutiennent toutefois une autre thèse.

« Pour leur dire » désignerait bien les enfants d’Israël, et exclusivement les enfants d’Israël. Car la transmission des lois alimentaires dont il va être question, constitue l’apanage du peuple hébreu.

De nombreux commentateurs (Nahmanide, par exemple) prétendent que les interdits alimentaires seraient prophylactiques. Ils viseraient à préserver la santé de celui auquel Dieu interdit de consommer ces aliments nuisibles.

Cette théorie pose deux problèmes. D’une part, comme le relève le Kéli Yeqar, une approche empirique suffit à démontrer qu’il n’en est rien, puisque aucun lien de causalité entre consommation de ces espèces et état de santé n’est observé chez les non-juifs (ou les juifs non observant de la cacherout). D’autre part, serait-il moralement concevable que Dieu ne se soucie que de la santé d’un peuple, au détriment de celle de tous les autres ? Le Kéli Yeqar, dans le prolongement d’illustres prédécesseurs, aboutit toutefois à une discrimination d’un autre ordre, puisqu’il en conclut que la cacherout conditionne la santé non des corps mais des âmes. La consommation des aliments non cacher aurait des influences néfastes sur l’âme, en compromettant sa survie dans le monde à venir, perturberait le sens du jugement et ferait naître des sentiments négatifs tels que la cruauté, par exemple. Cet exégète considère que les non-juifs n’ayant pas de « part dans le monde à venir », ne sont intéressés à n’agir qu’en vue de bénéfices immanents. Ce rabbin praguois penserait-il qu’il n’est de morale qu’en rapport avec la transcendance ?

La troisième théorie, dont vous avez trouvé un aperçu dans les « étincelles de réflexion » où je reprends une idée chère au Professeur Raphaël Drai, paix à son âme, est en définitive la moins discriminante. L’observance par le peuple juif de ces normes alimentaires, s’inscrit dans l’économie générale de l’élection qui consiste à inspirer toutes les nations, en les incitant à édifier une société toujours plus humaine.